Dimanche 5 avril 2009 7 05 /04 /Avr /2009 14:04
 

J'ai parfaitement repéré l'un de ces premiers jours comme l'on discerne un bout du fil de la bobine, qui permettra de le tirer à soi pour en couper une ligne de 1 mètre, une enfilée à la paresseuse eût dit ma mère, bien sûr il y a plusieurs bouts car le fil est si fin, roulé si serré et la bobine si grosse que, souvent, dans l'impatience de ne pas en trouver l'extrémité, on l'a coupé dans le vif, créant ainsi deux nouveaux commencements qui sont autant de fins, car au mépris de toute logique, ils aboutissent à une impasse et non au zéro initial. Pour tout dire, les extrémités, les commencements et les fins, les impasses de paresseuse se sont multipliés.

Dans mon esprit, cela commence par une image car les images, je les empile sans problème, sans gêne aucune. Le son est mon démon. Quand je le peux, je l'évite, l'air de rien. C'est ainsi que ma mémoire semble avoir des difficultés à retenir les propos tenus, les paroles des chansons ou la ritournelle incertaine qui se fredonne de bouche en bouche.

Pourtant, ce sont justement les mots prononcés qui m'ont accrochée vif comme la lame triangulaire du couteau du petit bonhomme Hara kiri, petit logo auquel je ne songe jamais qu'en second, juste après avoir moi-même brandi virtuellement un long poignard pour m'embrocher le ventre rapidement de bas en haut, L'image avant le son. La sensation kinesthésique avant l'image. La sensation d'être préexistant à la lumière, infiniment plus rapide.

Cette sensation harakirienne souvent, traverse mon corps lors d'une seconde d'immobilité.

Je sais être rentrée dans la salle de séjour, de droite à gauche, puis, immédiatement après un seul pas, avoir bifurqué sur la droite, face à l'espace pris par la partie salon de la pièce. Mon fils aîné était assis sur le canapé, je les voyais tous deux de profil. Ils étaient face au téléviseur qui cachait presque l'une des fenêtres. « Ils » Je veux dire, mon fils et le canapé, l'un sur l'autre, face à la télé muette de trop parler. Le jour débordait de la fenêtre, mettait de l'ombre et de la lumière dans la pièce et faisait saillir tous les objets. L'écran en rapetissait et y perdait des dimensions.

C'est peut-être pour cela, que ce jour là comme s'il fallait enfin qu'il se dévête sur la plage brûlante de soleil, mon fils aîné, N, a parlé, sans tourner la tête vers moi.

Il a dit des choses intenses d'un ton monocorde, en courtes subordonnées qui se déployaient dans une phrase sans point final. Il y était question de traverser la ville sous les insultes en faisant semblant d'y rester indifférent. Il était question de choses qui venaient lui murmurer des obscénités dans les oreilles, qui le poursuivaient de rue en rue et l'amenaient à se terrer dans sa chambre étroite d'étudiant…

Le temps s'est creusé sous ses paroles. Mille choses se sont révélées de nouveau à mon regard intérieur tandis que mon coeur se serrait et devenait pesant. Et la lame du couteau est remontée bien plus haut, à hauteur de cerveau, réconfortante, prête à le hächer jusqu'à ce que disparition s'ensuive.

L'illusion de la disparition.


Par Ambix - Publié dans : schizophrénie - Communauté : Une journée pas ordinaire !
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Commentaires

l'amour porté par la souffrance de notre chair et la violence interieur deviendrait presque belle.

Chere Ambix, que l'écriture te tienne debout !
Commentaire n°1 posté par Fille de l'eau le 13/04/2009 à 00h10
très merci fille de l'eau
Commentaire n°2 posté par Ambix le 22/04/2009 à 22h16

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